Je n'avais jamais vraiment aimé ma vie sur terre, en même temps, je pense que vous l'aviez déjà compris étant donné la raison de tout cette histoire, le suicide n'avait été que la dernière étape d'une longue descente aux Enfers. Dans le fond, maintenant que j'avais le recul pour y penser, ma vie n'était pas si horrible que ça, j'étais loin d'être mauvais au lycée et je passais pour être un des meilleurs élèves de ma classe sauf en sport mais bon, personne n'est parfait. Le nuage noir dans toute cette histoire, c'était que je me sentais isolé malgré la présence de mes amis, de plus mes déceptions amoureuses n'arrangeaient pas le tableau si l'on peut dire ça comme ça, la dernière étant en bonne partie responsable dans ma décision irréfléchie d'attenter à mes jours. Ainsi la réponse que je donnais à ce cher Méphistophélès avait de quoi m'étonner moi-même, et dans le fond, je devais la regretter par la suite.
- J'accepte de vous servir sur terre mais à une condition...
- Oui ? Je vous écoute...
- Je veux...
J'hésitais à continuer ma phrase, certain que j'en demandais peut-être trop mais si ils étaient capables de me ramener à la vie, ils étaient sans doute en mesure de faire ça pour moi. Parce que dans le fond, je me doutais bien que ma nouvelle mission pourrait apporter des problèmes à mes proches.
- Vous voulez ?
- Je veux que vous trouviez un moyen de me faire vivre seul, je ne veux pas mêler mes parents et mes frères et s½urs à tout ça... Je ne veux pas qu'ils soient en danger à cause de moi... Effacez mon existence précédente, donnez-moi une nouvelle vie, un nouveau départ...
- Cela est à notre portée, nous allons faire en sorte de vous placer sous la tutelle d'un antéchrist plus âgé, vous serez dorénavant son fils adoptif, votre identité passée n'existera plus et tout les souvenirs de celle-ci seront effacés de la mémoire de vos proches. Je vous préviens, personne ne se souviendra de vous, vous serez un inconnu pour toutes les personnes que vous connaissiez avant. Ce sera dur, très dur, d'ailleurs, vous allez devoir changer de nom.
- J'ai compris le prix à payer et je suis prêt à l'assumer... Je ne serais plus T...
La porte s'ouvrit alors, m'interrompant au milieu de ma phrase, un jeune homme, ayant les mêmes ailes que moi et le démon, entra sans s'excuser et déposa un dossier sur la table avant de repartir comme il était venu. Je restais un moment étonné puis je regardais mon interlocuteur et futur supérieur d'un ½il interrogateur.
- C'est normal ici, nous ne nous laissons pas nous embarrasser par des choses aussi futiles que les bonnes manières, chacun fait son travail sans se soucier du reste... Nous avons compris que le temps était trop précieux pour le perdre en civilités vaines.
Il ouvrit la chemise et commença à feuilleter le contenu de celle-ci avant de sortir une page en particulier avec un sourire plein de malice affiché de façon ostentatoire sur son visage.
- J'ai ici votre nouvelle identité...
- Euh... Oui ? Et quelle est-elle ?
- Tadeusz Kołakowski, fils adoptif d'un avocat d'affaires polonais et ayant commencé ses études secondaire au lycée français René-Goscinny à Varsovie... Votre père a été engagé par une entreprise française et a déménagé à Paris, considérant le climat de la capitale comme inapproprié à votre personne, il vous a acheté un appartement à Caen et vous a inscrit dans le lycée public Jean Rostand dans le but de vous habituer au contact avec le milieu populaire.
- Vous ne voulez pas totalement me dépayser, on dirait ?
- Non, je ne vois pas l'utilité de vous laisser errer dans un milieu inconnu... Vous serez mieux dans votre ancien lycée même si vous risquez d'éprouver une certaine douleur à croiser les gens qui comptaient pour vous...
Je me tus, restant un moment plongé dans une profonde réflexion, j'allais tout devoir reprendre à zéro, une seconde chance qui allait se révéler difficile. Je soupirais avant de laisser échapper quelques mots...
- Je suis prêt à souffrir s'il le faut... Quand est-ce que je commence ?
- Tout de suite...
Un sourire éclaira son visage plein de malice et l'obscurité se fit sur mon esprit, l'enveloppant dans un voile de ténèbres que je crus éternelles....
Le bruit du réveil, ce n'était donc qu'un rêve, il ne se serait donc rien passé ? Non ! C'était impossible... J'ouvrais les yeux et arrêtais la sonnerie stridente de l'engin puis soupirais avant de me lever, mais quand mon regard se posa sur ma chambre, je dus reconnaître qu'il y avait quelque chose d'anormal, les murs étaient d'un rouge sang et couverts des posters de mes groupes préférés, le lit était étrangement près du sol, il y avait deux fenêtres et deux portes, et la disposition des meubles était loin d'être celle de mon ancienne chambre. J'aurais pu très bien être dans la chambre d'un inconnu que ça m'aurait fait le même effet. J'ouvrais une des deux portes et tombais sur une salle de bain équipée d'un lavabo, des toilettes, d'une baignoire ainsi que d'une cabine de douche moderne et un miroir. Je refermais la porte pour regarder par une des fenêtres, adieu le sous-sol où se trouvait ma chambre et bonjour le cinquième étage d'un immeuble du centre-ville de Caen. Je poussais un juron puis me dirigeait vers la deuxième porte, elle s'ouvrait sur un salon où se trouvait un coin cuisine et qui semblait être la seule autre pièce de la maison. Sur un bureau, trônaient un ordinateur portable et le dernier Mac, autant dire que j'avais gagné au change.
Je regardais ma montre et finis par me dire qu'il valait mieux que je me dépêche, il était 7h20, je reprenais les cours dans cinquante-cinq minutes. J'avalais tant bien que mal un bol de céréales que je laissais à moitié plein dans l'évier avant de filer me préparer. Une surprise m'attendait dans l'armoire, on aurait pu en vain essayer de trouver de la couleur, la plupart de mes affaires étaient noires et le reste blanches, on trouvait néanmoins quelques vêtements rouges. Je saisis un pantalon de cuir sombre et un t-shirt de Nightwish avant d'attraper des sous-vêtements et me diriger vers la salle de bains. Au moment de me regarder dans le miroir avant de me raser, je pris conscience du fait qu'un pentacle ornait mon oreille gauche sous la forme d'une boucle d'oreille en argent, mon visage n'avait presque pas changé, si ce n'est mes yeux qui étaient d'un bleu plus terne et mes cheveux qui s'étaient assombris. Après avoir débarrassé mon menton de la pilosité dérangeante, j'ôtais le caleçon et le t-shirt avec lesquels j'avais dormi, les abandonnant dans un coin de la salle de bain, nouvel étonnement quand je m'aperçus qu'un corbeau prenant son envol était tatoué au niveau de mon c½ur sur mon torse. J'accélérais ensuite le rythme, prenant conscience que je risquais d'être en retard, je passais tout juste le temps nécessaire sous la douche et me brossais rapidement les dents avant de sortir de l'appartement, saisissant mon sac de cours au passage.
Je ne croisais personne dans la cage d'escalier, à croire que tout le monde dormait encore dans l'immeuble. A l'arrêt de tram, il y avait foule et j'entrais tant bien que mal dans un tram B rempli au-delà du supportable, au moins, la chaleur humaine compensait la froideur vivifiante de ce début d'hiver. Après ce trajet, il y avait ma première épreuve, retrouver mon lycée mais en tant que nouvel élève totalement inconnu ...